La fragilisation du lien social
L’affaiblissement des réseaux sociaux
La précocité du phénomène confirme dans une certaine
mesure
les constats dressés
par les
observateurs de la vie sociale.
Les réseaux familiaux, professionnels,
amicaux et associatifs
s’affaiblissent.
33% des Français ne rencontrent pas leur famille au-delà de quelques
fois dans l’année
dont 8%
n’ont aucun lien, ne serait-ce qu’occasionnel
Cette rareté,
ou cette absence, de contacts directs
n’est que très partiellement compensée par les échanges à distance
(courrier, téléphone, mail…).
L’enquête montre en effet que « les contacts à distance » sont
d’autant plus fréquents
que les
contacts « physiques » sont denses.
20% des Français qui travaillent ne sont pas en capacité de construire
des relations sociales dans
le cadre de leurs activités professionnelles.
C’est-à-dire
que dans le cadre de leur activité professionnelle il ne leur arrive
jamais
« de
discuter d’autre chose
que du travail avec leurs
collègues », « de rencontrer leurs collègues en dehors
du travail »
ou d’échanger avec des clients,
des partenaires ou des fournisseurs.
Les travailleurs pauvres (qui cumulent souvent
précarité de
l’emploi, faibles revenus, temps partiel et horaires atypiques)
et les
travailleurs indépendants
(agriculteurs, micro entrepreneurs…) sont les plus exposés à cette
incapacité
à construire des
relations sociales dans le cadre de leur activité professionnelle.
Si
l’on se centre sur les travailleurs
pauvres on peut retenir que 36% des personnes
ayant un travail leur rapportant
moins de 1 000€
par mois sont dans l’incapacité de construire des relations sociales
dans le cadre de leur activité professionnelle.
19% des Français n’ont pas de relations amicales régulières,
c’est-à-dire qu’ils ne sont amenés à rencontrer
leurs amis
ou à échanger avec eux à distance,
que deux à trois fois par an.
9% des
Français déclarent qu’ils n’ont aucun ami.
Cette distance
aux réseaux amicaux est sensiblement
plus forte après 75 ans (14% des 75 ans et plus n’ont aucun ami).
Pour autant, elle est également
très présente dès 40 ans
(10% des Français âgés
de 40 à 60 ans déclarent n’avoir aucun ami).
Un Français sur deux n’entretient pas de relations sociales avec
son voisinage
(au-delà d’un
bonjour / bonsoir).
La part de la population n’ayant aucune relation de
voisinage,
même de simple
courtoisie, peut être estimée à 12%.


Avenir - Voyance - Comparatif
56% des Français n’ont pas d’activités dans un
club, une association sportive, culturelle,
caritative… ou une organisation syndicale, politique, religieuse …
A ces 56%, il faut ajouter 4%
qui participent de manière très occasionnelle
2 ou 3 fois par
anà ces activités.
L’absence de compensation par les réseaux virtuels
Les personnes en situation d’isolement relationnel objectif ne compensent
pas
par un surinvestissement
des réseaux sociaux virtuels,
contrairement à ce que l’on
aurait pu penser ou
espérer. 88% d’entre elles ne fréquentent pas ces réseaux à distance.
En réalité, la présence dans les réseaux virtuels
est d’autant plus fréquente
et assidue que les
personnes disposent d’un capital social important.
Dans l’ensemble de la population, l’usage des réseaux sociaux
virtuels diminue considérablement
avec l’âge (on compte 54% d’utilisateurs avant 40 ans,
17%
après quarante ans), tandis que
l’isolement relationnel, lui, augmente
(2 à 3% avant 40 ans ; 9 à 16%
après 40 ans).
Ainsi, par le simple effet des usages liés à l’âge,
ce type de réseau semble inadéquat
pour
répondre à la problématique de l’isolement.
Parmi
les personnes isolées, les personnes âgées de
plus de 40 ans sont beaucoup moins nombreuses (8%)
que celles de moins de
quarante ans
(42%) à avoir recours aux réseaux virtuels.
Sur l’ensemble de la population française,
la part de personnes
régulièrement connectées à des
réseaux virtuels tourne autour de 30% quel que soit leur niveau de
revenu.
En revanche, parmi les personnes isolées, la tendance à utiliser
ces réseaux est très fortement
corrélée au niveau de revenu :
les plus bas revenus atteignent
des taux de fréquentation très
marginaux. Seules les personnes disposant de plus de 3 500 euros mensuels
(soit une personne
isolée sur dix), utilisent significativement les réseaux sociaux
virtuels.
Recours aux réseaux virtuels selon le niveau de revenu parmi les personnes
isolées
23% des français en situation de risque d’exclusion
sociale
Cet affaiblissement des réseaux « traditionnellement » pourvoyeurs
de sociabilités
oblige les
individus à diversifier leurs appartenances.
L’inscription dans
un seul réseau (familial,
professionnel, ou amical…)
ne semble plus suffire à assurer la pérennité et
la densité du lien
social. L’enquête montre à cet égard que l’appartenance à un
réseau unique
place les individus
dans une « précarité relationnelle »
les exposant à l’isolement
si ce réseau s’effondre.
Les propos tenus par les personnes en situation d’isolement objectif
montrent à quel
point le fait
d’avoir fondé l’essentiel de ses relations sociales
sur un
seul réseau constitue un risque et facteur
d’exclusion sociale lorsqu’une rupture au sein de ce réseau
survient.
«
Depuis le départ de la maison de mes enfants,
surtout depuis que le deuxième
est parti, je suis
seule. En plus ma voisine ne me parle plus.
Alors maintenant je suis vraiment
toute seule.
Je n’ai
personne à qui parler. Les clubs c’est à partir de 65 ans
et je n’en ai que 59. »
«
Le métier que j'exerce m'isole. En plus mon mari ne rentre qu'une
fois par semaine.
Donc on ne se
voit pas et on ne voit personne. »
- Femme en couple, 45 ans, plus de 2
500 €

votre avenir - Voyance
«
Il y a dix ans que je suis veuve.
Mais au début cela ne me faisait
rien j'avais mes enfants. Mais
maintenant ils sont partis et je ne les vois presque plus.
C'est très
dur. Le soir, on ferme sa porte et
on n’attend plus personne »
(femme 53 ans) .
«
J’avais un couple d’amis, mais ils ont déménagé.
C’est vrai que maintenant je ne vois presque
personne » (homme 36 ans, 1000 euros)
«
J'ai été plaquée alors que j'étais enceinte de 4
mois.
Mon 2e compagnon m'a aussi abandonnée.
Maintenant je suis toute seule. » (Femmes 42 ans, moins de 1 500 € par
mois)
«
J'ai perdu mon mari et mon deuxième mari.
Depuis, je n'ai plus de
relations avec les autres. »
(Femmes 66 ans, moins de 1 500 € par mois)
«
Depuis mon divorce je suis seul. » (Homme 48 ans, moins de 1 500 € par
mois)
« Ma fille, c'est ma seule famille.
Mais elle ne veut pas me parler parce
qu'elle a pris du poids et
qu'elle n'est pas bien. » (Femme 51 ans, moins de 1 000 par mois)
La diversification de ses réseaux sociaux demeure la meilleure garantie
contre l’isolement. Mais tous les individus ne sont pas en mesure de le faire.
23% des Français fondent l’essentiel de leurs
relations sociales sur un seul réseau (soit un réseau uniquement
familial, soit uniquement
professionnel, soit uniquement associatif, soit uniquement amical).
Nombre de réseaux pour lesquels la densité des relations est forte
(variable recomposée)
Les personnes inscrites dans un seul réseau ne sont pas en situation d’isolement
objectif, même si
elles peuvent parfois éprouver un sentiment de solitude.
Mais leur situation est fragile, dans la
mesure où elle les expose aux événements de la vie. L’isolement
demeure en effet souvent
marqué par une rupture : divorce, séparation, décès
du conjoint, perte d’un enfant,
déménagement, licenciement ou survenue d’un handicap.
Parmi ces ruptures, celles qui se produisent au sein de la cellule familiale
sont les plus souvent citées par les personnes interrogées comme étant à l’origine
de leur isolement.
Dans 56% des cas, l’isolement est associé à une rupture familiale
(décès, divorce, séparation ou départ des enfants du
cocon familial).
Ce résultat est en partie logique dans le sens où la
famille reste souvent le dernier
réseau sur lequel « on peut compter » :
pour 33 % des personnes n’ayant qu’un seul réseau social,
ce dernier est familial. Pour autant, la perte d’emploi,
les déménagements,
les changements de travail ou la survenue d’un handicap
sont également fréquemment évoqués
comme ayant joué un
rôle déterminant (14% des personnes associent leur isolement à la
perte d’emploi ou à un
changement de travail, 9% associent leur isolement à leur handicap
ou à la perte de leur
autonomie).
"
Est-ce qu’il y a eu des événements dans votre vie
qui
expliquent ce sentiment de solitude ?"
Si OUI : "Pouvez-vous me dire quels événements
expliquent
ce sentiment de solitude ?"
Les personnes qui disposent de plusieurs réseaux sociaux peuvent
plus
facilement affronter et
dépasser ces périodes difficiles.
Celles qui perdent leur emploi
perdent leur réseau professionnel
mais peuvent bénéficier du soutien de leur réseau domestique
ou mobiliser leur réseau associatif,
celles qui se séparent peuvent trouver un réconfort auprès
de leurs amis,
de leurs enfants ou de
leurs collègues, les retraités peuvent davantage investir le champ
associatif et amical, certaines
femmes au départ des enfants peuvent
consacrer davantage de temps à leur
vie professionnelle…
Ces mécanismes de compensation sont perceptibles dans l’enquête
(par exemple dans la
tendance à réinvestir ses réseaux amicaux ou associatifs
au moment de la retraite ou du départ
des enfants).
Ces mécanismes sont d’autant plus faciles à activer
lorsque ces réseaux,
mêmes
s’ils n’occasionnaient pas de relations sociales très denses,
préexistaient à la situation de rupture.
En revanche, les personnes qui ont construit l’essentiel de leurs sociabilités
sur un réseau unique
(amical, familial ou professionnel) disposent de peu de ressources
ou de
leviers lorsque ces
réseaux s’affaiblissent ou sont détruits.
Le risque d’isolement
est d’autant plus grand que les
réseaux sociaux, même s’ils génèrent de multiples
rencontres,
peuvent se révéler fragiles à
l’épreuve de la rupture. Erving Goffman a parfaitement montré la
tendance
des individus à cloisonner leurs réseaux sociaux pour se
prémunir
ou éviter
que l’effondrement d’un réseau
n’entraine les autres. Mais ce cloisonnement reste très imparfait
et ne suffit pas à protéger les
individus en cas de rupture.

Le divorce a des conséquences sur, par exemple, le réseau amical
lorsque celui-ci est fragile. « Le
fait de ne plus avoir de conjoint, d'avoir divorcé, cela m’a beaucoup
limitée dans mes relations socialesàl'extérieur. Mes amis étaient surtout ceux de mon conjoint et depuis
je n'ai plus de contacts avec eux ». Le
chômage et la perte d’emploi peuvent également induire une
prise de distance des réseaux
amicaux ou familiaux ou des comportements d’auto-exclusion de la vie sociale. « Depuis
que j'ai
perdu mon emploi, j’ai divorcé, je n'ai plus de goût à rien
et les autres, là, ils viennent carrément plus te voir ».